Bambin 28 Feb 2022 Amélie Micoud

Mon enfant me provoque, comment réagir?

Votre enfant fait exactement ce que vous lui avez demandé de ne pas faire en vous regardant droit dans les yeux, voire en souriant? Vous pensez, tout à fait légitimement, qu’il vous provoque. Pourtant, ça n’est pas si simple que ça car en réalité, derrière ce comportement se cachent un ou plusieurs besoins. Comment réagir en tant que parent? On fait le point avec Valentine Anciaux, psychologue et psychoéduactrice.

Pourquoi mon enfant me provoque?

« Il y a toujours un besoin derrière un comportement de provocation – souvent très irritant – qu’il va falloir essayer de comprendre. Est-ce qu’il s’agit d’un besoin d’attention, de pouvoir, de stimulation? Un enfant peut tout simplement s’ennuyer. Organiser un chahut, c’est très amusant.

Le plus difficile, c’est de ne pas prendre les choses personnellement.

Un enfant qui « provoque », c’est un enfant qui a besoin de quelque chose et qui le demande de manière inadéquate. Se faire gronder c’est, quelque part, de l’attention. Plus vous vous fâchez, plus c’est jouissif pour lui finalement. Non pour vous irriter ou vous heurter, mais parce que cela vient combler son besoin d’attention et devient alors une espèce de mode relationnel facile: il a compris comment capter votre attention.

Si par exemple un enfant dit « T’es moche » à sa mère ou à son institutrice, il peut immédiatement constater une réaction de la part de l’adulte. C’est donc intéressant pour lui d’entretenir ce comportement, car il a été renforcé par la réaction de l’adulte. »

Comment réagir?

« Le premier danger, c’est de prendre les choses personnellement. On est des humains! On est dans souvent dans la réaction, et c’est ok, il ne faut pas culpabiliser. Bien sûr, ça n’est pas facile de prendre du recul, qu’on soit parent, enseignant ou autre, surtout lorsque la provocation de l’enfant a un réel impact sur nous, mais si on commence à rentrer là-dedans, les choses s’engagent mal.

Je fais toujours la différence entre réaction et intervention:

  • si je réagis en mode « Tu me parles pas comme ça, c’est pas gentil » ou « fiche le camp, je ne veux plus te voir »: je suis dans la réaction.
  • si j’essaie de comprendre le besoin derrière ce comportement, je suis dans l’intervention, et je vais pouvoir réfléchir de manière plus intéressante la relation.

L’idée, c’est donc d’essayer d’agir en amont. Mon enfant a besoin d’attention? Je vais lui donner de l’attention avant même qu’il songe à déraper. Certes, c’est souvent difficile, car cela suppose une disponibilité, on est fatigué, on manque de temps, de patience… Mais ça fonctionne et au final, on y gagne. »

Quels besoins l’enfant exprime derrière un comportement de provocation et comment les combler?

« Le besoin d’attention et le besoin de pouvoir sont souvent les deux besoins qu’on retrouve. Les deux étant souvent intrinsèquement liés.

  • Pour le besoin de pouvoir, ce qu’on a souvent tendance à faire, c’est de dire à l’enfant que ce n’est pas lui le boss. Le risque, c’est de monter sur l’échelle de tolérance, passer du confort au stress puis à l’explosion, et d’écraser un enfant qui a besoin de pouvoir. L’idée serait donc de lui donner une manière socialement acceptable d’avoir le contrôle. Comment? En lui proposant des choix: « Tu veux prendre un bain ou une douche ? », « Tu veux faire tes devoirs maintenant ou dans 15 minutes? ». Ainsi, vous lui donner des responsabilités et lui demander son avis, dans la mesure de ce qui est possible dans le quotidien bien sûr.
  • En classe, on peut confier des tâches à l’enfant, nettoyer le tableau, distribuer les fournitures… J’ai en tête l’exemple d’un enfant qui gênait la classe en faisant des bruits constamment. J’avais conseillé à son enseignante d’instaurer un « rendez-vous » en tête à tête tous les matins, en demandant par exemple à l’enfant « Comment tu vas aujourd’hui », « Qu’est-ce que tu as fait hier soir » ou en lui disant qu’elle appréciait l’avoir comme élève. Si l’institutrice prend ce temps avec son élève, même rapide, le petit seau de l’enfant sera sûrement rempli.
  • Pour le besoin d’attention, lâchez tout ce que vous êtes en train de faire pour faire un petit jeu avec votre bambin, raconter une histoire, discuter… Accordez-lui un temps d’attention sans qu’il n’ait rien demandé, de façon à ce qu’il ne ressente pas le besoin de vous « chercher » une demi-heure plus tard. Remplir le petit seau d’attention de votre enfant en amont permet d’éviter qu’il ait à la demander de manière inadéquate. Il s’agit donc d’inverser la dynamique, et n’hésitez pas à en user et en abuser. Vous verrez que, parfois, ça sera même « trop » pour votre enfant qui saura vous le signifier… « Maman, dégage »! » (rires)

Enfin, il peut y avoir un besoin de stimulation interne. Un enfant qui s’ennuie embête tout le monde car c’est la première chose qu’il a trouvée. Il faut donc l’occuper de manière sympa. »

Et quid de l’enfant qui nous « rit au nez »?

« Si l’enfant rit quand on lui demande quelque chose et qu’on se sent vexé, à ce moment-là, on est dans l’égo. Si votre enfant rigole, vous pouvez couper court en décidant que la conversation s’arrête ici pour le moment. Mieux vaut en effet se dégager de l’égo, le « t’as tort, t’as raison » ça n’est jamais bon et ça rend malheureux tout le monde. Dire « Tu te fiches de moi » ne sert pas à grand chose, ça risque de ne faire qu’augmenter son rire, et vous énerver encore plus. Si vous sentez que c’est trop pour vous, vous pouvez décider de sortir de la pièce par exemple. »

Est-ce qu’il peut s’agir d’une erreur d’interprétation de la part de l’adulte? L’enfant rit nerveusement ou parce qu’il y a du comique dans la situation…

« Bien sûr! Ça peut tout à fait se passer comme ça. Et effectivement, pourquoi ne pas en rire, et vous pouvez rediscuter plus calmement après le fou rire. Après tout, si vous sentez que ça vous fait rire vous aussi, riez!

Votre enfant peut aussi rire car il se sent mal à l’aise, et ne sait pas comment réagir. Là aussi, le laisser tranquille en coupant court peut aider tout le monde. Couper court ou rire sont de bonnes solutions. »

Valentine Anciaux est la cofondatrice de psychoeducation.be, mine d’or d’informations à destination de toutes celles et tous ceux qui s’occupent d’enfants: outils, conférences en ligne, formations et événements, vidéos et podcasts et même un jeu « J’irai au bout de mes rêves ». Valentine sera sur scène au centre culturel d’Auderghem pour son spectacle du même nom, le 21 mars prochain.
Parents en galère? Ce 7 mars commence le programme EDUKA, soit 12 formations en ligne pour le prix d’une. Plus d’infos ici.

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