Allaitement: le RED ou réflexe d’éjection dysphorique | « Pendant la montée de lait, je me sens soudain très mal »

Une sensation de « trou » dans l’estomac, une envie de fuir, une tristesse intense, une agitation ou des nausées… Si vous ressentez ces émotions négatives au moment de la tétée ou de tirer votre lait, vous souffrez peut-être de ce qu’on appelle un RED, réflexe d’éjection dysphorique. 

« Une montée de lait provoque chez moi un coup de blues, une sensation de mal être très bizarre MAIS passagère et qui laisse place au bonheur de voir son bébé au sein » raconte Caroline sur Instagram.

Dans l’imaginaire collectif, la femme allaitante est épanouie, posant un regard doux et serein sur son bébé lové dans ses bras, tétant goulûment son sein. La montée d’ocytocine induite par la montée de lait puis le réflexe d’éjection du lait maternel (quand le lait sort du sein) baigne la jeune mère dans un océan de bien-être voire d’euphorie. Elle peut, aussi, ressentir une envie très forte et soudaine de boire de l’eau, qui disparait rapidement.

Le réflexe d’éjection dysphorique, c’est quoi?

Pourtant, il arrive que certaines mères qui allaitent se sentent soudainement envahies par une vague de sentiments négatifs, au point de se sentir mal et de culpabiliser. Suis-je normale? Se demandent-elles bien souvent, dépassées par ces émotions qu’elles ne contrôlent pas. Pourtant, on a découvert récemment que cela n’avait rien à voir avec une dépression post-partum ou une aversion psychologique de l’allaitement. On parle aujourd’hui de RED ou D-MER en anglais: dysphoric milk ejection reflex.

D’ailleurs, une des caractéristiques du RED est sa courte durée: entre 30 secondes et 2 minutes en moyenne. Il peut se produire à chaque fois que le lait est exprimé: soit lors de la tétée, soit lors du tire-allaitement (manuel ou au tire-lait), soit lorsque le sein éjecte du lait spontanément, entre deux tétées, ce qui est souvent le cas dans les débuts de l’allaitement. Il arrive, dans certains cas, que cette dysphorie soit également ressentie lors de la stimulation des mamelons.

Malgré la fugacité de ces émotions négatives, la répétition du réflexe d’éjection au cours d’une même tétée peut rendre l’ensemble de l’expérience de l’allaitement désagréable. La bonne nouvelle, c’est que ce syndrome diminue dans le temps, au fur et à mesure que le réflexe d’éjection du lait se réduit. Mais il arrive que ce syndrome persiste toute la durée de l’allaitement. Cela étant, si la femme comprend ce qui lui arrive, elle est en mesure de mieux accepter le phénomène et d’attendre simplement « que ça passe ».

Symptômes du RED

Selon la Leche League, « Les émotions les plus fréquemment rapportées sont une sensation de « trou » dans l’estomac, une impression de désespoir, d’angoisse, un sentiment de dépression, l’envie de fuir. Les femmes parlent également de boule dans la gorge, de pensées suicidaires, panique, frustration, agitation, hostilité, agressivité, sentiments paranoïdes… »

L’apparition soudaine de ces sentiments et sensations peut surprendre la femme qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle culpabilise, se sent anormale, folle, se demande si elle n’est pas une mauvaise mère, et peut aisément supposer qu’elle fait un baby blues. Elle se sent bien souvent incomprise, et si elle évoque ses sentiments, l’entourage (médical compris) n’est pas forcément dans la compréhension.

Le RED, à quoi c’est dû?

La faute aux hormones, encore elles! Du côté de la recherche, deux théories prédominent:

  • La chute brutale de la dopamine au moment de l’éjection du lait permet une augmentation brutale de la prolactine. Chez certaines femmes, il semblerait que cette baisse de la dopamine soit exagérée et provoque, comme une sorte de réflexe, une vague d’émotions négatives.
  • L’augmentation de l’ocytocine s’enrayerait en quelque sorte, et au lieu de la réaction normalement associée à sa hausse ( = bonheur, bien-être, amour, attachement…) des sentiments contraires (envie de fuir, agressivité) se déclenchent.

Si certains penchent nettement en faveur de l’une ou l’autre hypothèse, on peut supposer qu’un mélange des deux, voire d’autres mécanismes mis en jeu encore ignorés, soit responsable du réflexe d’éjection dysphorique.

Quoi faire si je souffre d’un réflexe d’éjection dysphorique?

  • Dans un premier temps, reconnaitre le phénomène peut suffire à détendre la mère qui se pensait folle et seule à vivre ça. Une femme informée et déculpabilisée acceptera ces sentiments négatifs et les dédramatisera plus facilement: non ce n’est pas anormal, oui c’est courant, et non ça ne veut pas dire que je n’aime pas mon enfant et que je suis une mauvaise mère.
  • L’entourage, dont les acteurs psycho-sociaux et médicaux, a un rôle à jouer, et lui aussi doit être informé. Il doit continuer à soutenir la mère dans son allaitement et la rassurer.
  • Lors de la tétée ou de l’expression du lait, se distraire pour détourner son attention peut aider. Mettez-vous une série que vous aimez bien, une musique agréable, papotez avec votre entourage, etc. Faites ce qui VOUS faire vous sentir bien.
  • Si le RED est vraiment difficile à vivre, certaines plantes agissant sur la production de dopamine (Gattilier…) peuvent aider. De même pour certains médicaments mais encore à l’essai, comme précisé dans l’article de le Leche League pré-cité.

Ce que le RED n’est pas

Ce n’est pas une aversion ou agitation pendant l’allaitement, ou AAA. Contrairement au RED, dont la caractéristique est de survenir à un moment bien précis, l’AAA peut se manifester à n’importe quel moment: pendant la grossesse, en début ou fin d’allaitement. L’AAA peut n’être vécu qu’une seule fois, ou durer constamment. Il n’est pas rare que l’AAA apparaisse lors d’un allaitement en tandem, ou lorsque que la femme allaitante est enceinte. Les différences d’intensité et de durée permettent donc de ne pas confondre une aversion avec un RED.

De même, l’hypothèse d’une dépression du post-partum, ou de troubles graves comme la psychose puerpérale peuvent être écartées aisément: la dépression est un état constant. Dans le cas du RED, la jeune mère se sent bien avant et après l’éjection de son lait.

Dans tous les cas, n’hésitez pas à parler de ces émotions, si elles venaient à vous surprendre. Non, vous n’êtes pas folle, et oui, ça va passer!

Suivez Minimi sur Facebook et Instagram

Lire aussi:
La peur de faire du mal à son bébé ou phobie d’impulsion
Alcool et allaitement: peut-on boire quand on allaite?
7 positions d’allaitement pour des tétées confortables

 

Le meilleur de Minimi dans votre boîte mail ?

Inscrivez-vous à notre newsletter

Reageer op artikel:
Allaitement: le RED ou réflexe d’éjection dysphorique | « Pendant la montée de lait, je me sens soudain très mal »
Sluiten