Bébé 8 Jun 2022 Amélie Micoud

L’aversion et agitation pendant l’allaitement: quand la tétée devient insupportable

On dit que l’allaitement est une expérience par essence merveilleuse, et forcément agréable pour bébé et maman. Mais il arrive parfois que, sans savoir pourquoi, une mère allaitante ressente un profond sentiment de malaise lors de son allaitement, avec une envie intense et soudaine d’éloigner de soi l’enfant qui tète. Ce sentiment qu’on appelle l’aversion et agitation pendant l’allaitement peut être très culpabilisant pour la maman, et compromettre son allaitement.

« Ma fille a 20 mois et tète très souvent. Il y a 2 mois environ, j’ai commencé à ressentir des choses bizarres pendant la tétée : de l’énervement, l’envie de détacher ma fille et de l’éloigner au plus vite, des sensations désagréables au mamelon, des frissons de colère et quand elle me tripote l’autre téton pendant la tétée, autant vous dire que je bouillonne… C’est très intense et insupportable ! Et je me trouve affreuse de ressentir ça, l’impression terrible d’être une méchante maman. Pourtant, le reste du temps j’adore lui faire des câlins, mais le contact de l’allaitement devient très irritant pour moi. J’ai quand même envie de continuer, je tiens bon car je veux que ma fille reste allaitée… » C’est en ces mots que Manon décrit son aversion à l’allaitement.

L’aversion pendant l’allaitement, c’est quoi?

Le sentiment d’aversion et agitation pendant l’allaitement (AAA), appelé Breastfeeding aversion and agitation (BAA) en anglais, correspond à un sentiment négatif très intense qui survient lors des tétées, entre le moment où l’enfant exprime son envie d’être au sein et qui se termine généralement avec la tétée elle-même.

L’AAA est à différencier du réflexe d’éjection dysphorique, ou RED, qui correspond à un sentiment d’aversion intervenant uniquement à un moment bien précis: lors du réflexe d’éjection maternel, c’est à dire quand le lait sort du sein. Le RED se caractérise donc pas sa courte durée, entre 30 secondes et 2 minutes en moyenne, et ne peut pas survenir en fin de tétée, par exemple.

→ Lire aussi: Allaitement: le RED ou réflexe d’éjection dysphorique | « Pendant la montée de lait, je me sens soudain très mal »

Cela étant, une AAA peut varier en durée et en intensité d’une femme à l’autre, et a en commun avec le RED des sentiments négatifs intenses et incontrôlables de colère, dégoût, rejet, désespoir, envie de fuir, avec parfois des manifestations physiques telles que démangeaisons intenses, sensation de peau qui tiraille, douleurs à la poitrine, trou dans l’estomac, gorge serrée, nausées…

Une étude publiée en 2017 sur les émotions négatives déclenchées par l’allaitement explique: « Ce phénomène se caractérise par des sentiments de colère ou de rage, une sensation d’écœurement et une envie de retirer le bébé qui tète, mais il peut aussi s’agir de sentiments d’agitation et d’irritabilité pendant que le bébé est au sein. Un certain nombre de mères qui éprouvent de l’aversion continuent tout de même à allaiter, mais éprouvent des sentiments de culpabilité et de honte tout en ressentant une certaine confusion autour de ces sentiments. »

Quelles sont les causes de cette aversion et agitation lors de l’allaitement?

Les causes de l’AAA ne sont pas encore bien définies. On suppose des facteurs psychologiques: la littérature rapporte des cas d’aversions lorsque des mères ont subi des agressions sexuelles auparavant. La fatigue, le manque d’aide à la maison, l’isolement, une mauvaise expérience précédente vis à vis de l’allaitement (en tant que mère ou enfant) semblent être des facteurs importants.

Le cycle menstruel peut jouer un rôle dans l’apparition de ce sentiment de répulsion lié à l’allaitement: certaines AAA commencent à se manifester lors du retour de couches, et peuvent ne se produire ou être plus intensément vécues à certains moments précis du cycle: lors des règles, d’un syndrome prémenstruel ou de l’ovulation par exemple.

D’autres hypothèses ont également été avancées: l’AAA survenant souvent lorsque la maman continue à allaiter alors qu’elle est enceinte ou lors d’un allaitement en tandem (co-allaitement d’un nouveau-né avec un enfant plus grand), on suppose que la nature est bien faite en signalant à la mère qu’elle doit se centrer sur le bébé à naître ou sur son enfant le plus jeune, pour assurer la survie de l’espèce. En résumé, le lait maternel doit profiter à celui qui en a le plus besoin, et le temps du sevrage pour l’enfant plus grand est arrivé. Mais dans l’étude évoquée ci-dessus, les femmes enceintes ou co-allaitantes ne constituaient pas la majorité des mères rencontrant cette aversion. Seulement 22 % d’entre elles étaient en co-allaitement, et 11 % étaient enceintes. Une AAA peut donc survenir à n’importe quel moment d’un allaitement, et même lorsque celui-ci était jusqu’alors très bien vécu par la mère.

Une autre hypothèse avance l’idée que l’état physique de la mère induirait cette aversion: des carences, une perte de poids ou une fatigue importante constitueraient un danger pour elle. Le corps se mettrait alors en mode « économie d’énergie », en induisant la nécessité d’un sevrage.

Les conséquences d’une AAA

L’aversion est supportée différemment par les femmes. Certaines ressentent des sentiments si violents que sevrer leur enfant s’impose à elle. Souvent, la mère éprouve des sentiments de culpabilité vis à vis de son enfant. Ressentir une pulsion de rejet pour son enfant n’est jamais agréable, même si le sentiment s’estompe aussitôt la tétée finie. Selon une autre étude récente publiée en 2021 dans Women and Birth, « Les sentiments d’aversion pendant l’allaitement ont été décrits comme viscéraux et accablants, menant à des sentiments de honte et d’inadéquation. »,(…) « Les sentiments de « dégoût » pendant l’allaitement peuvent empêcher les femmes d’atteindre leurs objectifs personnels en matière d’allaitement. » Le sujet étant par ailleurs très tabou, peu de femmes osent aborder le sujet avec leur médecin ou leur sage-femme.

Je ne supporte plus que mon enfant tète, que faire?

Si surmonter une aversion peut sembler difficile, certaines attitudes peuvent néanmoins aider:

  • Faire diversion: se changer les idées pendant la tétée en parlant à votre bambin ou à votre entourage, en regardant une série, votre téléphone, en écoutant de la musique…
  • Prendre soin de soi: bien manger, dormir un minimum, demander de l’aide voire un relais si besoin peut faire beaucoup. Certaines mères rapportent une aversion plus forte lorsqu’elles sont seules à la maison, en fin de journée ou la nuit, lorsqu’elles sont fatiguées ou stressées.
  • Changer de point de vue: et si vous preniez ce sentiment, a priori négatif, comme le signe que vous avez besoin de revoir votre façon d’allaiter? Soit en induisant un sevrage, si vous en ressentez du coup le besoin, soit en changeant vos habitudes d’allaitement: en espaçant le nombre de tétées si votre enfant est suffisamment grand, en changeant vos habitudes de nuit (arrêter ou réduire le cododo par exemple), etc. Votre enfant grandit!
  • Ne pas culpabiliser ni avoir honte: connaître le syndrome de l’AAA doit déjà vous permettre de déculpabiliser. Ce que vous ressentez n’est ni honteux ni anormal. Et si votre enfant semble souffrir de la situation, lui expliquer avec des mots simples peut permettre de le sevrer (ou réduire les tétées, en durée et fréquence) en douceur.

Suivez Minimi sur Facebook et Instagram

Lire aussi:
Phobie d’impulsion | « J’ai peur de faire du mal à mon bébé »
Les différents usages du lait maternel (en dehors de l’allaitement)
Vert, bleu, orange… Mon lait est de couleurs différentes, c’est normal?
« Enceinte, j’ai envie de manger du savon », le syndrome de Pica, pendant la grossesse, c’est quoi?

Le meilleur de Minimi dans votre boîte mail ?

Inscrivez-vous à notre newsletter

Reageer op artikel:
L’aversion et agitation pendant l’allaitement: quand la tétée devient insupportable
Sluiten