La rencontre | Hélène, 35 ans, doula en Belgique

On entend de plus en plus parler d’elles, mais leur métier reste encore très (trop?) peu connu. Les doulas sont accompagnatrices à la naissance, et bien plus encore. Hélène Michel, 35 ans, jeune maman de deux enfants, exerce cette activité depuis plus de deux ans. Elle nous explique ce qu’est une doula, et ce qu’elle peut apporter aux parents et futurs parents.

En quelques mots, une doula, c’est quoi?

Une doula est une personne, généralement une femme même si quelques hommes exercent cette profession dans le monde, qui va accompagner une personne ou un couple traversant une situation liée à la vie et à la mort dans la parentalité. D’emblée je prends des précautions avec les genres car on voit, surtout dans les pays anglo-saxons, des personnes transgenres demander que l’accompagnement de la doula ne soit pas réservé aux femmes.Le mot-clé c’est l’accompagnement. Une doula va être présente et disponible pour écouter, répondre à des questions, référer vers des professionnels de santé. Elle apporte un accompagnement non-médical qui vient en complément du suivi par le/la sage-femme et/ou gynécologue. La doula participe à séparer les faits des croyances, et aide à prendre des décisions éclairées.

Pourquoi vouloir faire ce « métier »?

Vous pouvez enlever les guillemets! C’est un vrai métier! Quand je suis devenue maman je n’ai pas voulu retourner travailler en entreprise, mon activité d’alors était incompatible avec une vie de famille. J’ai profité de cette opportunité pour réfléchir à mes ambitions et, ayant moi-même bénéficié de l’accompagnement d’une doula pour ma première grossesse, je me suis décidée à suivre une formation professionnalisante et je me suis lancée! Ce qui m’a motivée, c’est de faire un métier centré sur l’humain. Pratiquer en tant que stagiaire pendant la formation a confirmé ma vocation, fréquenter ces familles et recevoir leurs témoignages de gratitude a augmenté ma motivation. Le travail que fait la doula a vraiment du sens pour ses bénéficiaires.

Comment est perçue la doula par la société? Par le monde médical notamment?

Le métier de doula est encore peu connu en Europe occidentale. Notre clientèle est généralement constituée de personnes déjà en réflexion et en recherche de quelque chose de différent de ce qu’on trouve habituellement dans le milieu médical. Quand je parle de mon métier ça génère souvent un rire nerveux ou un commentaire désobligeant. Les gens qui ne connaissent pas les doulas ne nous prennent pas au sérieux. Vous-même, vous utilisez des guillemets pour associer « doula et « métier » alors que pour certaines d’entre nous c’est notre seule activité et c’est celle qui nous rémunère: c’est notre travail, tout simplement!

La situation n’est pas grave pour autant: les mentalités sont en train de changer, de grands hôpitaux mettent en place une accréditation pour nous permettre d’accompagner en salle de naissance en toute sécurité selon leurs critères, certain.e.s. professionnel.le.s nous recommandent à leurs patient.e.s. Alors oui, il faut être honnête: beaucoup nous prennent pour des farfelues et certaines doulas jouent là-dessus, ce qui ne sert pas particulièrement la profession. Les doulas sont interdites dans certaines cliniques et par certain.e.s gynécologues, encore trop de sages-femmes pensent qu’on leur vole leur métier et qu’on le dénature. Différentes professions ont été mal vues un certain temps, comme les ostéopathes, alors il nous faut être patientes, travailler et garder espoir qu’un jour on deviendra indispensables!

Votre souvenir le plus difficile en tant que doula?

Le dernier accouchement que j’ai accompagné a été violent sur la fin. Il y a eu des actes médicaux qui ont mené à l’utilisation des forceps. Je n’avais encore jamais assisté à ça et j’en ai été chamboulée plusieurs jours. L’enfant a été blessé et la mère, très jeune, ne comprenait pas les explications du corps médical. Mon travail en tant que doula, surtout lors d’un accouchement à l’hôpital, n’est pas de remettre en question les décisions des médecins, mais bien d’accompagner, ici, la mère a traversé la situation avec les médecins. C’est parfois difficile de garder son calme et le silence quand la situation va à l’encontre de ses propres valeurs, mais c’est en partie à ça qu’on reconnaît « une bonne doula ».

Et votre souvenir le plus beau?

Le témoignage d’une femme que j’ai accompagnée à son accouchement. Quand je suis retournée la voir pour l’accompagnement de l’allaitement, elle qui était si réservée depuis le début de l’accompagnement plusieurs mois auparavant, s’est confiée et m’a dit que ma présence à ses côtés avait changé sa vie, que grâce à ça son enfant avait eu une belle naissance et aurait une vie heureuse.

Nous sommes en plein confinement dû au coronavirus, comment pouvez-vous aider une future ou toute jeune maman en ce moment?

De nombreuses doulas, comme moi, rencontrent leurs client.e.s par vidéo. Et généralement l’accompagnement comprend des communications par téléphone et message pour rassurer et répondre aux questions urgentes, sans frais supplémentaires. C’est ce que je fais. Au vu de la situation nous devons toutes faire preuve de flexibilité, revoir nos disponibilités, moyens de communications, revoir aussi les contrats qui ont été passés et ne pourront être honorés, comme une présence à l’accouchement. Mais aujourd’hui ce sont plus les sages-femmes et les futures mères qui subissent le confinement, car le bon sens voudrait que les personnes en bonne santé portant un enfant en bonne santé accouchent à leur domicile. Pour les autres, le séjour en structure hospitalière risque d’être angoissant, avec le risque de ne pas avoir son partenaire avec elles en salle de naissance, mais le personnel médical est formé et compétent, il faut lui faire confiance et lâcher prise sur ce que nous ne pouvons pas contrôler.

Pour terminer, j’aimerais ajouter que la doula n’accompagne pas que la grossesse et l’accouchement, mais toutes les situations de vie et de mort liées à la parentalité: désir d’enfant, adoption, deuil, post-partum, allaitement, sommeil du nourrisson, etc. Certaines disposent de compétences annexes: massage, aromathérapie, nutrithérapie pour ne citer que ces spécialités, qui vont permettre à la doula de vous accompagner au mieux selon vos besoins. Bien choisir sa doula, c’est prendre le temps de découvrir la personne, de s’assurer que ses valeurs et croyances sont en concordance avec les nôtres. Chacune a sa personnalité, sa manière de travailler et ses tarifs, c’est le moment de découvrir notre beau métier!

Hélène Michel – HalimaDoula – exerce à Bruxelles et dans le Brabant Wallon. Vous pouvez la contacter via son site www.halimadoula.com, ou sa page Facebook.
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