La peur de faire du mal à son bébé ou phobie d’impulsion

Vous êtes en train de donner le bain à votre bébé, quand soudain, une image horrible vous passe par la tête: vous vous voyez le noyer. Cette pensée vous terrifie et vous plonge dans le trouble le plus profond: est-ce que je vais faire du mal à mon bébé? Suis-je en train de devenir folle? On appelle ça la phobie d’impulsion. Rassurez-vous, c’est en fait plutôt courant et tout sauf « anormal ». 

« Il m’est arrivé d’éloigner un couteau ou des ciseaux par peur de ce que je pourrais faire à mon bébé. Cette idée m’horrifiait. Au fond, je savais bien que je ne ferais jamais de mal à mon enfant, mais ces images affreuses venaient à moi dans un flash, et j’avais peur d’être soudain comme possédée et de faire ces trucs horribles qu’on voit dans certains faits divers atroces… » Marie, 42 ans et maman de deux enfants ose raconter l’indicible: la pensée de faire du mal à son propre bébé. Pourtant, ce que Marie vit est tout sauf anormal. En réalité, c’est même plutôt courant en post-partum.

La phobie d’impulsion, qu’est-ce que c’est?

La phobie d’impulsion est la peur obsédante de commettre un acte délictueux, dangereux pour soi-même ou pour autrui et/ou moralement répréhensible. Ces pensées obsédantes peuvent être présentes toute la vie de l’individu, dès l’enfance. Il s’agit d’une pensée intrusive, involontaire, qu’on ne maitrise pas.

Reine Vander Linden, psychologue clinicienne périnatale précise: « Quand on est en charge d’un bébé, il peut y avoir une succession de sensations négatives puis positives, à vive allure. Une tension très forte nait alors en nous. Mais cela se joue vraiment au niveau de la pensée, pas dans les actes. Cela étant, cette pensée peut créer un malaise très important chez la personne qui l’éprouve, voire une souffrance. »

Chez la jeune mère, l’enfant devient une sorte « d’activateur » de la phobie, souvent lors des soins. Par exemple, vous êtes en train de changer votre bébé, quand soudain, vous vous voyez le faire tomber. Vous l’habillez, quand une vision de vous étouffant votre bébé avec ses vêtements s’impose à vous. On parle alors de phobie d’impulsion du post-partum. Même si, dans les faits, ce trouble obsessionnel peut s’étendre après les premiers mois de l’enfant.

En l’espace de quelques secondes, je me vois laisser mon enfant se noyer ou, pire, le noyer volontairement

Marie raconte encore: « C’est comme si le fait d’avoir un petit être humain entièrement dépendant de moi me donnait le vertige. Il est si vulnérable! C’est un peu comme si on m’avait donné mon permis de conduire après 3 heures de leçon seulement: au secours! Je vais être un danger pour moi-même et pour les autres! Là, c’est pareil: j’ai ce petit bébé à bout de bras dans l’eau du bain, il suffit que je le lâche pour qu’il se noie… Cette responsabilité est terrifiante. Alors je me vois le faire. Le scénario est rapide. En l’espace de quelques secondes, je me vois laisser mon enfant se noyer ou, pire, le noyer volontairement. J’avais déjà ressenti ça pour mon aîné. Du coup, je sais que, dans mon cas, plus l’enfant grandit, plus je me rassure et ces pensées s’estompent. »

« Normales, fréquentes, touchent aussi les jeunes papas »

Fin février dernier, dans une chronique sur France Inter, le médecin écrivain et chroniqueur Baptiste Beaulieu évoquait la phobie d’impulsion des jeunes mamans. Sujet ultra-tabou – songer à faire du mal à son enfant, vous vous rendez compte! – la phobie d’impulsion est inconnue du grand public. La jeune mère reste seule avec ses pensées, n’osant raconter l’indicible à son entourage, papa compris. Pourtant, comme le dit Baptiste Beaulieu dans sa chronique, ces pensées intrusives sont « normales, fréquentes et touchent aussi les jeunes papas. » Et le jeune médecin précise: « ces pensées parasites ne sont pas corrélées à un risque de maltraitance».

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Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la phobie d’impulsion chez la jeune mère n’est pas nécessairement liée à une dépression post-partum. Une mère peut tout à fait en faire l’expérience sans symptômes dépressifs par ailleurs.

Mais alors, quand consulter?

Parfois, des stratégies d’évitement sont mises en place par la maman: elle éloigne les couteaux, demande au papa de donner le bain, tant le malaise est important. Quand ces stratégies envahissent la mère à un point tel qu’elles perturbent le lien avec son enfant, il peut être bon d’en parler.

Reine Vander Linden constate: « Le problème, c’est que souvent, les mères n’osent pas en parler. Quand une femme sent une tension trop forte, et qu’elle ne trouve pas d’apaisement dans son entourage, alors il faut qu’elle puisse parler de ses peurs à quelqu’un d’extérieur. Il ne faut pas rester avec sa peur, car une peur en amène une autre: j’ai peur de faire du mal, j’ai peur d’avoir peur, puis j’ai peur de ma peur d’avoir peur. Il faut que la mère puisse parler à quelqu’un de confiance, qui ne la jugera pas. Mais la phobie d’impulsion disparait parfois très vite, quand la femme prend l’assurance qu’elle sait s’occuper de son bébé. »

La phobie d’impulsion: une défense du psychisme

Reine Vander Linden se veut elle aussi rassurante: « La phobie d’impulsion découle bien souvent d’un sens très aiguisé des responsabilités et de la charge que représente le fait de s’occuper d’un enfant. On est en situation d’hypervigilance pour éviter que quelque chose de dangereux ou de mal n’arrive au bébé. Cette hypervigilance créé une anxiété, qui peut amener à construire des scénarios terribles. On est là plutôt dans une attitude de protection. Certaines interprétations théoriques ont « péjoré » ce trouble en parlant d’envies ambivalentes, d’agressivité de la mère envers le bébé. Cela culpabilise les femmes en leur disant qu’en quelque sorte, elles ne sont pas des mères comme les autres. Or, il est plus aidant de parler d’hyperactivation du système de protection. Chez certaines mères, cette activation sera excessive au point de les perturber et de créer un trouble phobique. »

Marie l’affirme: « Un jour, complètement par hasard, je suis tombée sur une personne qui parlait de ce sujet ultra-tabou sur Internet. Ça a été une révélation, et un immense soulagement. D’autant qu’il était expliqué qu’il ne fallait pas s’inquiéter, que c’était en quelque sorte un instinct de protection, comme quand la peur vous permet d’éviter le danger. Ouf, je n’étais pas folle! »

Vous n’êtes pas folle

Reine Vander Linden confirme: « Une maman qui a peur des couteaux et qui va mettre en place des stratégies d’évitement peut effrayer l’entourage. On se demande si ça n’est pas une mère à risque d’infanticide, alors qu’il s’agit plutôt d’un stress aigu éprouvé dans une situation nouvelle, un peu angoissante pour la mère. Est-ce que je vais être capable, est-ce que cet enfant va pouvoir survivre dans mes bras ? Je pourrais le noyer, l’étouffer, le faire tomber. Mais si l’environnement s’en effraie, ça peut causer davantage de stress et de souffrance. On en a fait un sujet sexualisé et emprunt de mort. Oui, la mort fait partie de la naissance aussi: quand je dois protéger mon bébé, je pense à sa mort. Mais ça ne veut pas dire que je suis désireuse de mort. »

Et la psychologue de regretter: « Beaucoup de professionnels dans le champ périnatal ou de la petite enfance s’effraient eux-mêmes ou effraient les parents avec la manière dont les théories leur font interpréter les choses, alors que, quand on écoute simplement les parents, on les entend dire des choses d’une simplicité sans nom: « j’ai peur de faire du mal à mon bébé ». Toutes les mères ont peur de faire du mal à leur bébé! Toute la journée, 24h/24, vous êtes sur le pont, c’est terriblement engageant. Vous devez prendre tout le temps des décisions, parfois à la chaine. Donc effectivement ça peut amener stress et tension intérieure. Mais ça ne veut pas dire que les adultes sont ambivalents et qu’ils veulent faire du mal à leur enfant. »

En fait, comme le dit Papa psy dans son article de blog N’ayez pas peur de tuer vos enfants : « si vous avez PEUR de faire ÇA, c’est justement que vous n’êtes pas fou. »

Rassurée?

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